Dérives numéro 2 autour de Akram Zaatari et Tariq Teguia
Parution en mai 2010
Comment se réapproprier et représenter un territoire confisqué et une histoire lacunaire, à l’encontre des images attendues et connues, ici comme là-bas ? Orientées par cette question, ces dérives mettent en lumière des travaux d’artistes portant leurs regards sur ces régions qui les habitent.
SOMMAIRE
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REVUE PAPIER
Dans le blanc des cartes, entretiens avec Tariq Teguia
Tariq Teguia, poursuit un travail de cinéaste en Algérie, pays marqué par une guerre sans nom et par la tentation permanente de l’exil. Son cinéma cerne au plus près les mouvements et les pulsations de la société algérienne, explore le territoire d’un pays en souffrance, et ouvre de nouvelles brèches dans le langage cinématographique.
Entretiens avec Akram Zaatari
Prenant pour point de départ ses premiers essais vidéo réalisés au milieu des années 1990, ces entretiens abordent les différentes facettes du travail d’Akram Zaatari. A la frontière entre le cinéma, la vidéo et la photographie, poursuivant une recherche inlassable des traces de l’après guerre civile, Akram Zaatari sonde les mémoires collectives de la société libanaise et présente une démarche artistique singulière autour des images et de leur devenir.
Al Yaoum, texte de François Cheval
Al Yaoum signifie « Aujourd’hui ». Al Yaoum dessine à travers les images du passé le paysage mental du réalisateur aujourd’hui. Moins un texte critique qu’un écho direct au film d’Akram Zaatari, François Cheval, directeur du musée Niepce de la photographie, nous livre ici un texte personnel autour d’un cinéaste qu’il connaît bien.
L’art et l’autre image du réel, texte de Rachida Triki
Le cinéma d’Akram Zaatari et de Tariq Teguia nous renvoie à l’expérience du réel, dans des régions du monde souvent réduites à quelques représentations stéréotypées. Dans ce contexte, Rachida Triki philosophe, aborde ici la création visuelle comme processus de libération face au pouvoir déréalisant des images médiatiques.
Soliloques : entretien avec Véronique Goël
Véronique Goël cinéaste s’intéresse aux traces de l’histoire et aux
espaces architecturaux qui en portent la marque.
A l’orée des années 90, son expérience de la réalité algérienne et de
la ville d’Oran l’amène à réaliser un film : Soliloque 3. La question des femmes, la lente disparition des idéaux de la guerre de libération sont les lignes directrices qui alimentent ici une réflexion
générale autour du cinéma.
Ici entre Iran et cuba et Quand le Sang est admis, textes de
Samir Youssef
Ecrits lors d’ateliers à Tripoli, (Liban) menées par le collectif TRIPO 08, ces textes du jeune auteur Samir Youssef nous confronte à une violence que seule la langue poétique peut traduire.
Orientales, photographies de Angela Terrail et Soufiane Adel
Angela Terrail et Soufiane Adel a réalisé en 2009, une série de photographie d’hommes de sa famille. Jouant sur le format de la carte postale comme un rappel du « cliché orientaliste », ces images troublent le dispositif du portait en revisitant les codes d’appartenances.
Royaumes du Maroc, reproduction des sérigraphies de Mohammed El Mourid
Plasticien, Mohammed El Mourid a réalisé des sérigraphies sur peaux animales à partir d’anciennes photographies de portraits de familles marocaines. La dimension organique du support qui entraîne une disparition inéluctable de l’image est une des dimensions essentielles de sa démarche.
No man’s Land, texte et photographies de Edouard Beau
Quelques jours après la chute de Saddam Hussein, des soldats fuient leurs casernes et laissent derrière eux une pellicule négative d’autoportraits. Cette pellicule est retrouvée sur place par Edouard Beau, photographe alors venu témoigner du conflit. Celui-ci nous livre le récit de son expérience à travers ces images, fragments dérobés au quotidien de la guerre.
Utopie, texte de Martine Rousset
"Le cinéma abandonné, comme vieux monde"
DVD
La Clôture de Tariq Teguia
2004, 23’
À travers le cri de jeunes algérois vivant dans le renoncement, Haçla (la clôture) tente de donner à voir et à entendre, dans le labyrinthe d’impasses que constitue la ville d’Alger et ses environs, une société bloquée, refermée sur elle-même, où le cadre de la parole devient le seul espace de liberté individuelle.
Lumière d’ Akram Zaatari
1995, 10’
« Lumière » traite sur le mode fictionnel de la découverte de la lumière par un jeune garçon et de son pouvoir de restitution des images.
Série Image + Son :
Apprends-moi d’ Akram Zaatari
1996, 6’
Apprends-moi l’amour est une interprétation d’images « icônes ». Ce court essai est construit sur l’attribution d’un nouveau sens aux images d’informations télévisuelles, où les bandes sonores des informations et des dialogues d’anciens films égyptiens viennent étoffer la signification des images.
Compte à rebours d’ Akram Zaatari
1995, 10’
Réflexion sur le cinéma et la télévision, ce film parcourt le monde en mélangeant des images de guerres réelles et de films commerciaux.
Les images qui pleurent d’Akram Zaatari
1995, 6’
« Ce ne sont que des images
Qui pleurent
La réalité »
Soliloque 3 de Véronique Goël
1992, 37’
Une ville, Oran. Un pays l’Algérie. Des femmes, leur absence présente et leur présence passée.
Regard subjectif d’une cinéaste en terre étrangère.
La cassette de Soufiane Adel
2006, 20’
Août 1989, ma mère Zouina quitte la Kabylie avec mes deux soeurs, mon frère et moi, pour rejoindre mon père, mécanicien en France. Trois mois plus tard, elle reçoit une cassette d’Algérie…
Série des K de Frédérique Devaux
2001-2008, 19’
"Chaque partie de K est axée autour d’une problématique : l’enfance, les manifestations en Kabylie, les femmes, les populations berbères... Il s’agit de ce que j’appelle une « chronique et biographie expérimentale ». K est la première lettre du mot Kabylie, le pays de mon père et de ma famille ."
Two thousand walls (Song for Jayyous) de Peter Snowdon
2006, 6’
La nuit. Une terrasse. Des voix d’enfants.
Des vers. Une ritournelle.
Durée en fragments, moment hors du temps.
Des figures-fantômes, qui peinent à exister, même ici, chez eux.
Résonances d’Ismaïl Bahri
2008, 7’12
« Un goutte-à-goutte rythme une prospection de la mémoire de ma maison d’enfance, sur laquelle des mots, notés en langue arabe, et à l’encre noire, se disséminement progressivement ».
Vues du monde : le temps d’un plan : des regards portés ici et ailleurs.
Films de Waël Noureddine, Dominique Dubosc, Philippe Cote, Ben Russell, Combes & Renaud, Edouard Beau, Miro Soares, Mazen Kerbaj …
Présentation des auteurs de Dérives numéro 2 :
Auteurs films et entretiens :
Akram Zaatari est né en 1966 à Saida au Liban. Il vit et travaille à Beyrouth. Son travail a été présenté lors d’expositions personnelles (2009 Kunstverein Munich ; 2007, Art Basel ; 2005, Grey Art Gallery, New York ; 2004 Portikus, Frankfurt ; 2002, Palais des Beaux Arts, Brussels) et collectives (2008, Centre Georges Pompidou, Paris ; 2007, 52. Biennale, Venise ; 2006, Biennale de Sao Paulo, Gwangju Biennale, Corée ; Biennale de Sydney).
L’œuvre d’Akram Zaatari interroge le contexte politique et sociale du Liban de l’après-guerre civile, et se trouve en partie consacrée à la question des mouvements de résistances nationaux, ainsi qu’à la représentation erronée des conflits renvoyée par les médias dans cette région.
Co- fondateur de la Fondation Arabe pour l’Image à Beyrouth, la collecte, l’archivage et l’analyse de la production visuelle liée à l’histoire accidentée de la modernité au Moyen Orient sont des éléments constitutifs de sa démarche.
Tariq Teguia est né en 1966 à Alger et a suivi des études de philosophie. En 1992, il co-réalise avec son frère Yacine Teguia Kech’mouvement, un court métrage de fiction. Une question dans ce film : fuir, mais où ?
Il revient à Paris fin 1992, devient assistant photographe de Krysztof Pruszkowski, activité qui se double de travaux photographiques personnels.
En 1995, il fait une première tentative pour tourner Le Chien, un scénario co-écrit avec Serge Milan et Lali Maloufi (qui joue dans ses deux premières fictions) et produit par Yacine Teguia. La pellicule ayant été saisie par les douanes algériennes, le film ne pourra se faire. Durant l’été 1996, il réalise d’autres travaux photographiques et images vidéo, qui sont la matière d’un film en collaboration avec un graphiste et un musicien, Ferrailles d’attente. Il réalise un autre court en 2002 : Haçla (La clôture).
En 2006 sort son premier long métrage Roma wa la n’touma (Rome plutôt que vous). En 2009, sort en France son second long-métrage Inland (prix Fipresci Festival de Venise 2008).
Auteurs textes :
François Cheval est directeur du musée Nicéphore Niépce (Chalon-Sur-Saône) consacré à l’histoire et aux usages de la Photographie. « Je n’ai eu de cesse de rappeler ces dernières années que j’étais né un an après la mort de Staline et quelques mois après la défaite de Diên Biên Phû, en 1954 donc, sous le double signe de l’anti-stalinisme et de l’anticolonialisme. Des études de sociologie et d’anthropologie, et une pratique politique dans les années 70, ne m’avaient pas préparé directement au métier de conservateur de musée. Et le cours des choses s’étant modifié, par la volonté de la gauche au pouvoir, je suis rentré dans le corps des conservateurs ; mais à bien y regarder ce que j’ai appris hors et dans l’université a, je crois, déterminé ma pratique. Marcel Mauss m’a révélé le marché de l’art, P. Bourdieu a éclairé la photographie des amateurs, Baudrillard m’a enseigné la nature politique des signes et Boulgakov a trouvé sa place aux côtés de Karl Marx. Aujourd’hui, je vois dans les premiers paparazzis des anarchistes, des personnages d’Accatone. Et quand je rentre dans les images de Giacomelli, je suis comme un indien des plaines : je vole. Finalement, je ne suis qu’un mauvais anthropologue perdu dans les couloirs du musée. »
Rachida Triki est professeur de philosophie et d’esthétique, présidente de l’Association Tunisienne d’Esthétique et de Poïétique, vice-présidente de la Société Internationale de Poïétique. Elle a publié plusieurs ouvrages dont L’image, ce que l’on voit, ce que l’on crée ; L’esthétique et la question du sens ; L’esthétique du temps pictural. Critique d’art, elle a co-produit une vingtaine de moyen métrages pour la télévision sur des peintres tunisiens dans leur atelier. Elle est également commissaire d’exposition d’art contemporain.
Martine Rousset nait le 29 mai 1951 à Montpellier, et réside à Sète jusqu’en 1975. Etudie la philosophie et le cinéma à l’Université Paul Valery de Montpellier. Cinéaste de la lumière et de l’écrit, elle travaille le film depuis 1977, oeuvre au département audiovisuel du Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, auprès de Suzanne Pagé, ce depuis 1978, alliée de Light cone et de l’Abominable.
Samir Youssef, un jeune écrivain et plasticien. Aussi jeune que vous semble être le chiffre 23. S’est échappé il y a 7 ans de son lointain village du nord du Liban pour se construire et aborder de nouvelles perspectives sur l’art moderne et l’écriture.
Impressionné par le séparatisme et le chaos global, je propose dans mon travail des points de vues politiques/sexuels autour de la guerre, principalement à travers les individus qui la vivent.
Ses textes ont été écrits dans l’atelier de photo & écriture réalisé par Déborah Kempczynski lors de TRIPO 08, un laboratoire de création qui s’est déroulé en août 08 à Tripoli. Ces ateliers ont donné lieu à un livre - PUZZLE - publié à Beyrouth en 2009.
Auteurs films :
Frédérique Devaux est l’auteur d’une trentaine de films expérimentaux et de documentaires depuis 1980 distribués dans diverses coopératives et achetés par différents musées. Son travail reflète la préoccupation d’un relief que celui-ci soit imaginaire ou réel, par la juxtaposition de matières, voire d’œuvres, elles-mêmes enchâssées dans d’autres réalisations, abritant à leur tour des fragments en trompe-l’œil, ou de l’ordre du fractionnisme, vers l’infini. La série "K", en partie publiée dans le second numéro de Dérives, interroge la notion d’identité à travers l’évocation d’une l’histoire déchirée entre la France et la Kabylie.
Cinéaste et plasticienne née en 1951, à Rolle (Suisse), Véronique
Goël vit et travaille à Genève.
Sa découverte, en 1974 lors de leur première rétrospective à la
cinémathèque de Lausanne, des films de Jean-Marie Straub et Danièle
Huillet est déterminante.
Sur un texte de l’écrivain Kateb Yacine, Soliloque 3 nous entraîne
dans une errance tantôt méditative, tantôt emprunte de révolte,
à travers les rues de la ville d’Oran en 1990.
Diplômé de l’École Nationale Supérieure de Création industrielle de Paris, Adel Soufiane réalise des scénographies pour différentes manifestations culturelles (Les Rencontres de la Photographie d’Arles, le centre culturel Telemar à Rio de Janeiro...). Il signe parallèlement des courts métrages documentaires et de fiction : Kamel s’est suicidé six fois, son père est mort, 10’ (2007), La Cassette, 20’, 2006.
Ismaïl Bahri, né à Tunis en 1978 d’un père tunisien et d’une mère suisse, partage sa vie et son travail entre Paris et Tunis. Après des études à l’Institut supérieur des beaux-arts de Tunis, il quitte la Tunisie pour la France où il obtient un Doctorat en Arts et sciences de l’art. Les travaux d’Ismaïl Bahri prennent des formes diverses, allant du dessin à la vidéo, en passant par la photographie et l’installation. Chacune de ses œuvres explore des procédés et des matériaux qui lui sont propres mais ont en commun leur minimalisme et leur forte teneur graphique. Ses recherches portent sur des épiphénomènes où se jouent d’infimes mutations. Aussi y décèle-t-on des notions telles que l’éphémère, l’imperceptible et le vulnérable. Ismaïl Bahri a participé à de nombreuses expositions et festivals internationaux.
Né en 1975, dessinateur et musicien, Mazen Kerbaj fait partie de la génération d’artistes qui ont créé une scène alternative à Beyrouth après la guerre civile (1975-1990). Entre le 14 juillet et le 15 août 2006, il a décidé de publier quotidiennement sur Internet (quand il le pouvait) des dessins sur la guerre au milieu de laquelle il se trouvait.
Edouard Beau pratique une photographie vagabonde qui cultive le goût du récit, de l’aventure humaine et de l’expédition politique. Les missions qu’il s’impose vers des territoires chaotiques, semblent être dictées par un désir d’apprendre comment le monde fonctionne, et d’en révéler ses détails, ses ruptures, ses bonheurs et ses combats. Empruntant des « sentiers Kurdes », il nous offre des vues de ce nord de l’Irak, tiraillé par les conflits socio-politiques et religieux, dans lesquels l’être humain cherche à résister. Edouard Beau, est allé de Sangatte (2002) à Mossoul (2007) et s’est approché des cités assiégées, des fouilles, des soldats, des explosions et de la poussière, pour comprendre les mécanismes de l’exil et les voies de l’immigration.
Peter Snowdon est né dans le Northumberland, au nord de l’Angleterre, en 1964. Il a vécu en France, Egypte, Inde et Belgique, ce qui lui a permis de pratiquer divers métiers, surtout celui de journaliste, et d’assister, de près ou de loin — et même parfois de participer — à nombre de luttes sociales et politiques.
Depuis 2000, il crée aussi des films, d’abord documentaires, ensuite expérimentaux, plus récemment des fictions.
Il termine actuellement un master en beaux arts numériques au Sint Lukas Hogeschool de Bruxelles. Son dernier film est un documentaire en super 8, /La forêt, une fois/ (production AJC !).
Né au Liban en 1978, Wael Noureddine est écrivain, journaliste et poète. Ses films décrivent, de façon littéraire et critique, des situations réelles. Ils essaient de capturer les cicatrices physiques et mentales des conflits au Moyen Orient en résistant à la subjugation et la résignation. Il a réalisé Chez nous à Beyrouth, Ce sera beau (From Beyrouth with love), July Trip et A film far from beyond a God.
Philippe Cote est né en 1965. Il vit et travaille à Paris. Les films qu’il réalise depuis 1998 sont projetés dans des festivals et différents lieux en France et à l’étranger. Il a également proposé des séances de cinéma expérimental associant des « classiques » et des œuvres contemporaines.
Marie Combes & Patrick Renaud photographes vidéastes vivent et travaillent à Paris. Expérience et pratique commune, co-réalisent des oeuvres depuis 1997. Leurs réalisations circulent sur les croisements et les frontières de la photographie et de la vidéo.
Cycle de projections / rencontres
Programmation # 8 : Angela Terrail/Soufiane Adel
Le 12 juin 2010 à Lyon
Programmation # 7 : Installation / Vues du monde
Du jeudi 13 au samedi 15 mai 2010 à Lyon
Programmation # 6 : le travail du document
Les 2 avril 2010 à Paris
Programmation # 5 : Zaatari/Devaux/Teguia
Les 26 et 28 janvier 2010 à Lyon
Programmation # 4 : autour des films de Véronique Goël
Le 30 octobre 2009 à Arcueil
Programmation # 3 : La guerre et ses images. Irak, Palestine, Liban
Jeudi 23 et Vendredi 24 Avril 2009 à 20h30 à Lyon
en présence des cinéastes Edouard Beau et Wael Noureddine
Programmation # 2 : Inland
Mardi 31 Mars 2009 à 20H à Lyon
en présence du cinéaste Tariq Teguia
Programmation # 1 : Dérives autour des traces de l’histoire
Le samedi 13 décembre 2008 à 15h à Lyon
en présence des cinéastes Véronique Goël, Eric Pellet et Olivier Derousseau.
