Les âmes errantes
Par David, jeudi 14 décembre 2006 à 17:59
Une nuit
Par David, mardi 13 juin 2006 à 17:38
Il écoutait au fond de soi le mouvement du sens. Il regardait au loin, le bruit de l’eau, le vent sur les feuilles. Il savait que rien n’était donné, que tout était à construire. Il avait peur de sa vanité. Il se répétait ces phrases du poète américain Allen Ginsberg.
The world is holy ! The soul is holy ! The skin is holy ! The nose is holy ! The tongue and cock and hand and asshole holy ! Everything is holy ! everybody’s holy ! everywhere is holy ! everyday is in eternity ! Everyman’s an angel !
Une nuit, il avait vu quelque chose bouger. Il se souvenait d’une main. Il avait écouté le souffle de l’autre, jusqu’au lever du jour.
Les mains vides
Par David, lundi 8 mai 2006 à 16:12
Il avait peur du vide et du silence. Il pensait, « comment faire sentir le poids des choses ? » Il regardait la lumière sur les feuilles de son jasmin. Il se disait « la lumière donne le poids aux choses ». Il avait marché dans une direction, sans savoir. Il avait simplement suivi la lumière.
La statue
Par David, mardi 14 mars 2006 à 11:09

Il avait longuement regardé cette statue de pierre. Il avait pensé : "Tout commence par la perte". Il ne savait pas encore pourquoi, mais ces mots emplissaient son coeur. Avant lui, des histoires avaient eu lieu. Des oiseaux. Le vent. Il se souvenait d’un moment passé assis sur un banc dans un petit parc en bas de chez elle. Les variations de la lumière sur la matière. Il venait d’apprendre sa mort.
Hier soir
Par Marion , mercredi 22 février 2006 à 10:07
Assise sur le bord du lit, elle ne se décidait pas à se lever. Elle essayait d’imaginer le temps qu’il faisait dehors. Un peu de lumière éclairait ses cuisses blanches. Elle restait à les regarder, assise là sans bouger. Brusquement elle se souvint qu’elle avait parler du lac hier soir. Elle se leva et alla prendre son pantalon, jeté au pied du lit. Elle glissa la main dans la poche arrière droite, qui était vide. Elle glissa la main dans l’autre poche arrière, puis dans les deux poches de devant, n’y trouva pas le papier qu’elle attendait, fragile, vieux de vingt ans, avec son écriture d’enfant. D’une des poches elle retira seulement un briquet. Hier soir elle avait parlé du lac, elle en était sûre. Le parc se dessinait dans sa tête. Elle ferma et rouvrit pusieurs fois sa main sur le briquet, qu’elle ne reconnaissait pas. Ce n’était pas le sien. Sur celui-ci, une petite danseuse écaillée montrait ses longs cils recourbés, les yeux fermés. Elle remit le briquet dans la poche et enfila son pantalon. Elle ouvrit la porte de la chambre. Une lumière de pluie était dans la cuisine. Elle attrapa la clé de la boîte aux lettres posée sur la table et sortit. Dehors, la voisine était arrêtée, la regardant depuis sa terrasse. Elle croisa son regard. Il était presque midi. Elle passa vaguement la main dans ses cheveux, gênée, et la clé se coinça quelques secondes dans la minuscule serrure de la boîte aux lettres. Derrière la petite porte, sur le tas habituel des prospectus aux couleurs criardes, une boîte ronde, rouge et noire, était posée. Elle l’ouvrit là, dehors, dos à la voisine toujours là. De la boîte presque vide, d’une profondeur à peine inférieur à son index, elle toucha le fond, qui était comme recouvert de cendres.
Le souffle
Par Marion, mardi 24 janvier 2006 à 11:50
Elle regarda la photo. Puis encore une fois l’heure, à sa montre. Elle n’arrivait pas à décider. Le temps, conjugué à l’heure qui avait été dite, allait décidé pour elle, à distance. Son regard se posait encore sur la photo, qui ne lui rappelait pas la même chose qu’à lui sûrement, qui n’appelait pas la même chose, et sans doute que c’était mieux comme ça. ça lui avait fait drôle de la trouver dans sa boîte aux lettres : seule, collée aux papiers colorés des publicités qu’elle laissait s’entasser. Son regard glissa le long du papier brillant - elle aimait pourtant bien cette trouée - et finit de s’en détacher complètement. L’heure était celle qu’il avait dite. Plutôt que de bouger, elle préféra se rappeler ce qui avait eu lieu : le mouvement. Il y a une semaine, un peu plus peut-être. Elle est là sans y être, elle est levée depuis longtemps mais elle flotte. Elle est là pour filmer. Lui l’attend, nerveux, fatigué, vivant, elle le pressent, des évènements qui l’épuisent et qu’elle ne peut qu’imaginer. Ils ne se connaissent pas tellement, ils sont là pour le travail. Il sait ce qu’il veut, pour qui il le fait, et ce qu’il veut tirer de ce que l’on va filmer là. Elle n’aime pas tellement sa façon de travailler mais son énergie lui va bien, en ce jour de flottement : ainsi son état à elle passe plus inaperçu. Ils vont d’un endroit à l’autre, descendent, montent, les salles qui se succèdent sont comme un territoire de jeu, ils se faufilent. C’est lui qui induit les mouvements, les places, les ruptures. Ils ne se regardent plus, ils marchent ensemble face à ce qui se passe devant, derrière, autour d’eux. Ils ne sont pas cernés, ils sont seuls dans le travail. ça bascule, à un moment. Dans un même mouvement, ils se retrouvent : elle sur la pointe des pieds, lui derrière elle, le corps légèrement posé contre, le souffle, et les mains qui encadrent ses épaules, sans quoi elle ne pourrait tenir le plan. Dans le viseur elle commence à voir trouble. De gêne, elle ne peut pas s’empêcher de dire quelques mots sur ce qu’elle filme. Lui ne dit rien, et tandis qu’imperceptiblement son corps se presse davantage contre son dos, elle se trouble tout à fait, imaginant son sexe. Elle ne filme plus rien, car ce n’est plus possible d’être tendue vers l’évènement, le sens s’est dissout, il est revenu à eux, entre eux, comme un fil élastique : couche fine de chaleur, qui semble infrangible face à la masse. C’est elle alors qui coupe la caméra, se retourne spontanément vers lui. Ses yeux sont comme elle imagine les siens : de l’eau à leur surface. Ils se regardent un temps, chacun troublé du désir apparent de l’autre. Elle se sent complétement réveillée, à l’approche d’un vague danger. Elle n’irait pas au rendez-vous, car cette photo déposée charriait quelque chose de construit après coup, quelque chose de lui, de ce qu’il attendait, et elle pensait qu’elle avait déjà assez à faire avec ce qu’elle-même construisait après coup. Elle préfèra faire rimer, encore, solitude et certitude.
Première lettre
Par David, mercredi 25 janvier 2006 à 14:28
Elle avait trouvé cette feuille dans ses poches. Elle reconnaissait son écriture. Une écriture d’enfant.

Enfance
Par David, 1er janvier 2006 à 00:00






