
J’aime les voix off, les sons synchrones, les sons non synchrones, les sons sans image, j’aime les conversations, les images silencieuses, le silence partout, nous sommes lavés par le silence, silence partout.
Un film composé de sons tels quels : l’image se fabrique dans la tête du spectateur.
Alors Je est une image.
Silence à la fin de Face à ce qui se présente.
- Pourquoi pensez-vous qu’elle voudrait ?
- Ça se voit.
- À quoi ?
- Je ne sais pas.
- Vous venez de me dire que ça se voit, donc vous le voyez. À quoi le voyez-vous ? Vous le voyez, vous le sentez, il y a des signes… Décrivez-les moi.
- Je vous le jure, je ne sais pas… Mais pourquoi cela vous intéresse-t-il tellement ?
Les voix cherchent à (sa)voir, on ne sait pas quoi. On devine sans être sûr.
« L’éclosion reste cachée. » (Héraclite).
Des plaques sensibles modèlent l’écran pendant que les chiffres posent la mesure, le cadre.
« Le carré est clair. Il fait jour. Les choses sont claires. Les bords bordent chacun des côtés. C’est rangé à l’intérieur. L’intérieur est rangé jusqu’à ses bords. Ses bords sont bordés. Il fait jour. Les choses sont claires. Les choses sont là. La clarté est là ».
La caresse des mots de Carrés de Christophe Tarkos sur mes images : une chambre où s’éclaire, vivante, notre commune chambre noire. Ces mots me parlent tellement de cinéma.
Mes films : des agencements successifs et non définitifs.
Deleuze : « N’interprétez jamais, préférez les agencements. »
Bresson : « Chaque chose exactement à sa place. Tes seuls moyens. »
Fin 2003, lors de la projection de Face à ce qui se présente, le projecteur de droite exhiba ses collures au public. Ce projecteur-là me commandait donc de proscrire tout montage. Bégayant à chaque collure par sa langue à éclipse, il dévoilait son intime matérialité.
Je filme depuis des couloirs noirs à la lumière rasante, depuis des cavernes où j’attends.
Dans La vallée close de Jean-Claude Rousseau, les hommes regardent le beau centre vide.
Sur un mur, il y a une main positive. Autour de cette main, tout pourrait être négatif, dans un retournement des choses. Autour de cette main, il y a la traversée des éléments, leur mise en orbite sur l’échelle du temps. L’apparition d’un hors champ du monde. Plus tard, avec le chant des oiseaux, apparaîtra le corps de la lumière sur une pierre, lentement révélé.
« Au mur, les cartes de géographie sont plus grandes que les tableaux, pourtant nous ne savons pas où nous sommes ». (Jeune femme à sa fenêtre lisant une lettre de Jean-Claude Rousseau).
D’où nous sommes, continuer à faire des films au déploiement à large angulaire pour nos sens.
Que cinq minutes durent une heure, et qu’une heure égale cinq minutes.
Regardons le carré.
Contemplons le rythme du millimètre.






